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54-Vivre en BEIGE

Cela fait des années que j’appelle à l’aide, mais tout le monde s’en moque. Je suis victime de l’égoïsme des gens que je côtoie sur Internet ou dans la vie réelle et j’ai l’impression qu’ils prennent plaisir à mon malheur et à celui des autres. C’est d’une indicible cruauté et ce n’est pas un comportement humain. Un être humain 2016 a dépassé le premier plateau de la Spirale. Il est mature psychologiquement et suis l’article 1 des droits de l’homme et applique la loi du plus faible. Son ego ne lui sert qu’en cas de besoin, de fuir par exemple.

Le valmème Beige est celui de l’instinct. On fonctionne avec un certain automatisme. Que ce soit la femme encore plus méprisée que moi qui vit dans la rue à Strasbourg ou Paris ou moi dans mon appartement, on se lève quand on le sent, pas d’après un réveil. On mange quand on a faim, pas quand c’est l’heure traditionnelle d’un repas. On réagit automatiquement si on a chaud ou froid.

Ma vie se concentre sur la survie. J’ai besoin d’énormément d’énergie pour rester en vie et pour satisfaire mes besoins physiques de l’existence, de sorte que je ne sois pas affamée ou que j’aie soif. Comme je me promène parfois en Jaune, Turquoise et Corail, mon alimentation est bien sûr réfléchie et je ne me rue pas sur le sandwich de mon voisin tellement j’aurais faim. Mais dans la rue, cela peut arriver et se terminer par une bagarre.

Une autre caractéristique de Beige est qu’on n’a pratiquement aucune influence sur et absolument aucun contrôle de notre environnement. Les gens jouent avec nous comme avec un caillou que l’on pousserait constamment du pied pour le faire avancer. Nous n’avons aucune idée de ce que avenir veut dire, comment faire des projets, économiser pour des jours de malheur, nous sommes en plein dedans, nous sommes malheureux.

Je me sens comme assise au bord de la rue, sur le trottoir, à attendre que quelqu’un s’arrête pour dire un mot gentil, jeter quelques euros dans un gobelet que j’aurais posé au bord de mon carton sur lequel je suis assise. Le livre de Beck écrit qu’on est clairement un être humain, plus un animal, mais qu’on n’est pas perçu comme une personnalité à part. Oui, en Beige on pense ainsi et cela fait mal d’être traité comme un déchet. Sur mon second plateau, un être humain est autre chose. Et Beck poursuit mentionnant que si une pensée plus complexe était disponible auparavant de retomber dans le Beige, une maladie, un accident, un traumatisme psychique, ces états peuvent bloquer l’accès à cette pensée plus avancée et avoir pour conséquence que Beige reprend le contrôle.

Il faut retenir que les anciens cadres qui se retrouvent à la rue se sont pas tout d’un coup moins intelligents ou moins capables, mais les problèmes de la survie occupent toutes leurs pensées. Il est évident qu’en Beige, on ne se préoccupe pas des règles et des convenances de la société, tout au plus lorsqu’on sait que la non-observation de certaines règles nous fait mal à nous-mêmes. Mais pour nous, dans la rue ou dans son appartement, on s’en moque royalement.

Beige apparaît également en période de grand stress, quand les personnes subissent une pression psychique, une douleur profonde, comme l’exclusion avec un Master 2. C’est un valmème de niche. Les gens des autres valmèmes aspirent notre énergie et notre argent vers d’autres sphères, de sorte que cela nous manque. Orange nous pousse au suicide, car on ne peut pas vivre dans l’exclusion dans la durée avec une intelligence hors norme.

Je suis toujours surprise des vérités que dit ce livre: « Ce n’est que si cela lui apporte un avantage économique, politique ou pseudo-spirituel que quelqu’un situé en Orange s’occupe du dilemme d’une personne située en Beige ». En général, poursuit-il, les personnes des valmèmes Orange et Bleu préfèrent détourner les yeux et oublier les personnes en Beige au lieu de les aider à sortir de leurs difficultés. Ce dont les personnes en Beige ont besoin, que ce soit de courte ou de plus longue durée, c’est que l’on s’occupe d’elles, avec douceur, avec gentillesse et affection. Il ne faut pas attendre qu’elles demandent de l’aide, il faut la leur donner. En Beige, on n’a pas d’idée de la santé ou du bien-être, uniquement de la douleur et de l’absence de douleur qui est alors un moment agréable. Et donc, il faut les observer dans leur environnement d’autant plus que cet environnement extérieur a passé le stade Beige depuis longtemps. Les directives écrites ne fonctionnent pas, même les incitations orales doivent être présentées de manière simple et répondant à des besoins immédiats. Les mots ne servent à rien, seuls les actes comptent. Et l’absence de gens bien intentionnés crée la souffrance.