Archives de catégorie : Société

14-Vivre dans le piège Gamma

Dans le texte sur les états du changement, nous avons vu qu’ils vont de Alpha à Bêta, Gamma, Delta, puis à nouveau Alpha. En ce qui me concerne, le monde autour de moi et les gens qui ont croisé mon chemin m’ont conduite au stade Gamma qui est fortement présent chez moi selon l’analyse néo-zélandaise.

Le piège Gamma selon le livre

ColèreUn état de colère, de manque d’espoir et de révolution. Si les choses vont suffisamment mal, l’entité (organisation ou personne) descend de Bêta à Gamma. Et là, on est fait comme un rat en raison de barrières qui semblent infranchissables. La pensée de déni et brumeuse habituelle en Bêta fait place à une dure réalité. Il y a en Gamma une vision claire de comment sont les choses que l’on considère mauvaises, que la perception soit correcte ou pas ((ce qui est correct change à chaque valmème)), Gamma produit un vrai sens pour savoir ce qui n’a pas marché et pourquoi ((pour soi et uniquement pour soi)).

Avant le piège profond, on a une option de réforme que d’autres doivent voir. Mais plus que souvent, le passage aux 100% Gamma ne peut pas être évité. Arrivé à cet état, l’option de réforme est toujours présente et offre un contournement du piège pour ceux qui sont assez rapides ((ou soutenus)) pour en prendre le chemin. Si la plupart des 6 conditions sont remplies et le reste l’est pratiquement, les individus peuvent prendre leur vie en main et contourner les profondeurs de Gamma. Les entreprises peuvent reconnaître les dangers qui s’annoncent et faire quelque chose avant l’effondrement. Des sociétés entières peuvent se transformer avant que les infrastructures ne deviennent irréparables, et que l’usine à civilisation aille au-delà du rafistolage.

Mais voir l’option de réforme requiert en général que quelqu’un vous ramène vers le bas et vous le montre. En fait, prendre le chemin de la réforme requiert une volonté de pro-agir plutôt que de réagir, un engagement sincère à prendre quelques risques et d’avoir l’énergie de se détourner d’un chemin glissant et d’avancer à travers champs. La plupart des gens attendent que le prochain pont soit construit, et alors il est trop tard, car ils tombent dans le piège Gamma.

((Mon pont, ce sont les relations humaines que je peux tisser avec d’autres. En France, plus précisément en Alsace, les gens mènent une guerre sociale contre moi, je vis dans l’exclusion pour délit de conscience. Je n’ai pas le droit de dire ce que me dicte ma conscience, ma pensée si je veux être acceptée. C’est absurde et j’en suis bien consciente.))

Un Gamma profond est une période très difficile car une partie de la perception est que l’intéressé n’a pratiquement aucun pouvoir pour changer les choses. ((Je suis dans cette situation, mais les « nassaras », les blancs comme on dit au Burkina, n’en ont que faire.)) Souvent le système de valmèmes est lui-même la barrière. La personne sait trop pour son propre bien. ((Ce problème est bien le mien, alors je fais quoi, je coupe un quart de ma cervelle pour savoir moins???))

Les émotions qu’occasionnent les frustrations et la confusion de Bêta libèrent une colère profonde et de l’hostilité en Gamma. Même revenir au passé n’a plus de sens. Imaginez-vous dans le coffre d’une voiture, impossible de vous libérer. Personne ne peut entendre vos cris désespérés pour de l’aide. Plus d’espace pour respirer. Pouvez-vous ressentir la panique, la peur? Vous vivez sur des montagnes russes émotionnelles. Il y a des tentatives effrénées d’en sortir, de trouver de simples moments de paix dans un monde chaotique et chancelant. La patience de Bêta du « attendons, nous verrons bien » ou « espérons que les choses se passent bien » est remplacée par des demandes impatientes d’actions et des actions maintenant, tout de suite. Il n’y a plus rien à perdre.

Une fois que des systèmes entrent en phase Gamma sans le remarquer, ils se sont éloignés du vieux chemin Alpha vers le bien-être. ((Ce sont les autres, les égoïstes, ceux qui m’ont abandonnée, qui m’ont fait entrer dans la phase Gamma. La culture de l’ego est contraire à ma culture tournée vers autrui)). On ne peut plus aller en arrière, mais on ne peut pas non plus avancer. C’est ainsi dans le piège Gamma. On peut le déceler chez les individus qui régressent sur la Spirale, cherchant désespérément le chemin vers le nirvana. Des organisations et des sociétés entières peuvent, elles-aussi, se trouver en chute libre, ne sachant pas si elles vont survivre demain. A chaque tournant, elles sont bloquées. Les options de Bêta n’existent plus. Le coffre de voiture a été fermé avec violence.

Toute l’énergie disponible est concentrée pour exister au jour le jour. La nuit apporte des moments de réflexion et de désespoir. L’aube n’éveille que des instincts de survie primitifs – fuir ou se battre. Mais quel bonheur y a-t-il pour une mouche de voler en plein dans une flamme? ((Tout à fait ma question. Quel bonheur aurais-je à soutenir un SYSTEME totalement absurde? Aucun, absolument aucun, une frustration sans fin. Mon plaisir, c’est d’être du côté des alternatives. Et depuis le changement de paradigme de 2012, je travaille avec des Américains à ma pure et pleine liberté de ce système d’abrutis.))

Quel en est le sens? Oublier le futur? Au diable le passé? Les autres n’ont qu’à s’occuper d’eux-mêmes? ((Je n’arrive pas à raisonner ainsi. Même dans l’exclusion depuis 15 ans, ma pensée va d’abord aux plus faibles.)) La souffrance pénètre dans la profondeur de l’âme. ((Je pense que les blancs sont déjà en grande partie déshumanisés, qu’ils ne ressentent plus rien et qu’ils sont capables de vous répondre « je n’ai pas à m’occuper de tes problèmes » alors qu’ils sont directement à l’origine d’une grande partie de ces problèmes)). Le loup est à la porte. Si vous avez vécu une partie de votre vie de manière douloureuse et néfaste, vous y avez été, dans ce piège Gamma. Si vous percevez les tons de langueur triste de la musique Country et Western, les guitares furieuses du Grunge ou si vous sentez l’espoir plein de souffrance du Blues, vous comprendrez le piège Gamma. Si vous êtes chanceux, vous n’avez pas longtemps à rester pris dans ce déluge émotionnel, les vents du changement vous portent. Si vous êtes malchanceux, le piège Gamma peut devenir un style de vie.

Se confronter aux barrières de Gamma

Gamma produit un assaut sur les barrières1. Les barrières sont toutes de diverses tailles, formes et niveau d’intensité. Peu importe si elles sont réelles ou imaginaires. Nos actions ressortiront nécessairement de ces perceptions. Certains murs existent à l’extérieur de nous, tel le manque d’accès à l’éducation, des opportunités de travail rémunéré limitées, des barrières raciales, sexuelles, ethniques ou nationalistes, des pièges de relation ou de mariage et des structures autoritaires de contrôle despotique.

Il y a aussi les blocages internes tels les blessures et griefs psychologiques non résolus, même ceux attachés à l’enfance, des doutes personnels, une faible idée de soi et le manque de pouvoir personnel ((quand on fait du social, on construit avec les autres, on a besoin de dons à partir de leurs impôts, on a besoin d’eux. S’ils vous refusent toute aide, on ne peut rien construire, on n’a aucun pouvoir)), une culpabilité en raison d’erreurs passées et de trahisons et nos talents et intelligences limitées, ils constituent tous des barrières. Gamma est une période où l’on veut s’échapper, fuir, foncer et être libéré des liens qui nous serrent la gorge. Regardez comme un ami traverse sa crise des 40 ans ou se bat dans un divorce et vous pourrez souvent sentir la nature erratique de Gamma.

Lorsque confronté à des barrières puissantes et omniprésentes, chacun des valmèmes répondra à sa façon. Étant donné que Gamma est rarement du pur plaisir, anticipez le côté noir ou l’expression malsaine du système lors de la descente rapide. Lorsque Vert rencontre les barrières, il descendra dans une posture rigide, politiquement correcte, questionnant avec arrogance les motifs de tous les autres. Lorsque Jaune rencontre des barrières, il va évaluer la scène et partir ou non après une analyse pour voir si les cartes parlent contre les actions positives.

Si les barrières sont suffisamment profondes, vous verrez la descente vers les niveaux précédents sur la Spirale. Bleu vers Rouge, Rouge vers Violet, Vert vers Orange. Les régressions sont difficiles au maximum. Le piège Gamma s’étend des comportements psychopathologiques plutôt que névrotiques, allant des formes d’auto-destruction (actes sauvages et fous et même le suicide) aux actes morbides et antisociaux (crimes, attaques personnelles vicieuses, homicides et terrorisme). Des émeutes éclatent, des bureaux de poste sont attaqués, et des avions sont abattus à l’aide de bombes lancées par des gens pris dans le piège Gamma.

Malgré l’inconfort qu’il cause pour celui ou celle qui le vit et pour son entourage si elle en a un, le creux Gamma semble inévitable. Il en est même bénéfique en ce qu’il donne la certitude que la seule solution est bien le passage au niveau suivant. Toutefois, un accompagnement approprié ((je ne l’ai jamais eu, au contraire c’est moi qui en accompagnais d’autres)) par des parents, des managers, des coaches, des thérapeutes, des travailleurs sociaux ou des hommes politiques permet de le rendre moins intense et plus court. ((Et maintenant que c’est moi qui ai besoin d’aide, je n’en trouve pas.

————–

1 Obstacles

Une fois le point de départ, la raison du départ et la destination connus, encore faut-il repérer les obstacles qui sont sur le chemin et savoir les lever. Ces barrières peuvent être éliminées, contournées, neutralisées, ou parfois ignorées. Bien sûr, certains des obstacles sont extérieurs, dus aux circonstances ou aux autres personnes. D’autres sont intérieurs et causés par des événements de la vie, des croyances, des peurs. La tentation est grande de se focaliser sur les premiers alors que les seconds sont souvent ceux qui empêchent le plus l’évolution. ((Chez moi, ce ne sont pas les obstacles intérieurs, mais bien extérieurs qui empêchent l’évolution.))

08-Ricardo Semler, un entrepreneur Jaune exemplaire

J’ai du mal à débuter mon article, tellement cet homme est surprenant. Et dire que cela a mis 25 ans d’ici que l’information sur sa méthode de travail arrive du lointain Brésil jusque chez moi. Ricardo est un dirigeant comme je n’en connais pas d’autre!

Ricardo SemlerC’est par le détour d’un site en allemand, puis de celui des conférences du MIT aux USA que j’ai découvert ce Brésilien d’environ 50 ans qui a fait d’une entreprise familiale moribonde une société multinationale qui fonctionne tellement différemment de ce que l’on connaît et que les gestionnaires d’entreprise habituels n’arrivent pas à le croire.

Les 3000 salariés de l’entreprise SEMCO au Brésil élisent leurs dirigeants, définissent eux-mêmes leur temps de travail et leur salaire. Il n’y a pas de plan d’affaires ni de département des ressources humaines, pratiquement aucune hiérarchie. Tous les bénéfices sont répartis par vote. Les salaires ainsi que tous les livres de compte de l’entreprise sont visibles par tous. Par contre, les courriels sont une affaire privée et ce que les collaborateurs dépensent en voyages d’affaires ou pour leur ordinateur est de leur ressort.

C’est typiquement le fonctionnement d’une entreprise selon des valeurs du valmème Jaune: le monde est un ensemble complexe de systèmes dont il est nécessaire d’assurer la viabilité. Les gens travaillent mieux quand ils prennent des initiatives et assument des responsabilités. Depuis que l’entreprise brésilienne a été reprise par Semco productRicardo Semler et totalement restructurée, les bénéfices sont passés de 35 millions à 220 millions de dollars. Et les remplacements de personnels sont inférieurs à 1%.

Ricardo Semler défend l’idée que si l’on traite ses collaborateurs comme des adultes, ils se comportent comme des adultes. Plus ils ont de libertés, plus ils seront productifs, satisfaits et novateurs. Une entreprise est composée d’humains adultes et ayant les mêmes droits, pas de forces de travail. Chacun a le droit de s’épanouir librement et de trouver un équilibre entre son métier et sa vie de famille. Semler entend développer un autre type d’entreprise et de travail. Tout comme moi, il voit l’entreprise comme un projet communautaire, c’est ce que j’avais essayé de lancer avec AKORDI coop. Les Alsaciens ont réussi à détruire la coopérative de commerce équitable, car toujours à l’affût du moins cher. J’étais passionnée par l’idée, mais les autres ne l’étaient pas. J’avais fixé des objectifs à atteindre pour couvrir les frais et peu importe, ce qu’ils auraient fait mes chers collaborateurs, ils devaient l’assumer. Pour moi aussi, c’était le résultat qui comptait, mais quand on a été habitué/e pendant toute sa vie à avoir un père, un mari, un chef qui commande, SEMCO-Headquarterson ne peut pas prendre d’initiative. Semco considère les salariés non pas comme une roulette du système, mais comme l’essentiel de l’entreprise, les constructeurs d’une cathédrale. Ils connaissent leur métier et sa valeur.

Les contrôles de tous types imposés dans les sociétés conduisent à des blocages de la part du personnel, à des tentatives de les contourner, ce qui induit toujours plus de répression: un cercle vicieux. Le but, ce n’est pas d’avoir des salariés qui font un certain nombre d’heures, mais d’avoir des collaborateurs qui obtiennent un certain résultat: confiance au lieu de contrôle. Pour un chef classique, c’est une chose inimaginable.

Mais comme d’habitude, cela ne s’est pas fait tout seul. Semler s’est retrouvé à l’hôpital suite à un collapsus total après un épuisement total. Le produit d’un monde du travail inhumain. Il décida de ne plus jamais soumettre sa santé mentale et corporelle au travail et de ne pas non plus l’exiger de ses collaborateurs. Les entreprises, tout comme les sociétés du reste, ne sont pas construites comme des lieux de création, mais comme l’armée, un lieu de soumission, avec des hiérarchies, des donneurs et des receveurs d’ordre. Semco ne connaît pas de titres de postes, pas de bureaux définitifs. On peut travailler à la maison ou à la place centrale du village, ce qui compte, c’est le résultat qui sera le résultat de l’équipe. Celui qui a besoin d’une sieste, s’allonge pendant quelque temps dans le hamac du jardin d’entreprise, car quand on est fatigué, on fait des erreurs.

Qui emploie les salariés?

Sans département du personnel, c’est évidemment la question à poser. La réponse est simple: lorsque les membres d’une équipe ont besoin d’une personne supplémentaire pour leur travail, elles mettent une annonce de réunion dans l’Intranet. Tous peuvent venir, mais personne n’est obligé. « Nous ne voulons pas que quelqu’un soit intégré à quelque chose qui ne l’intéresse pas. » On peut donc venir à la réunion et si on commence à s’y ennuyer, on peut repartir. Chez Semco, seuls doivent prendre des décisions et en assumer les responsabilités ceux que ça intéresse et qui sont directement touchés par la question. Une fois défini ce que le nouveau collaborateur doit savoir faire et l’annonce parue, les candidatures arrivent. Chacun en prend un paquet à la maison et rapporte les CV les plus intéressants. Au lieu des habituels entretiens d’embauche, il y a une réunion avec tous les intéressés et tous les candidats. Celui qui convient le mieux est retenu. Chez Semco, les seuls postes soumis à évaluation sont ceux à des postes de décision et ils le sont par tous les autres postes. Si une personne a une mauvaise note de façon répétée, elle quitte en général d’elle-même.

La pression du groupe

Tous ceux qui ont fait partie de groupes savent comment la pression peut être importante pour faire ou ne pas faire quelque chose. Chez Semco, lorsque quelqu’un ne fait pas bien son travail, c’est discuté en

Chipping onto the green

groupe, ce qui augmente la pression sur celui qui doit s’adapter. Celui qui se verse un salaire élevé augmente la pression face à ses performances. Mais les collaborateurs peuvent accepter sans problème qu’un collègue passe des jours à jouer au golf et qu’il gagne beaucoup d’argent si son travail est fait dans le temps imparti.

Une étude réalisée par CNN a révélé que les collaborateurs de Semco passent bien plus de temps à s’occuper de relations, d’enfants et de loisirs et qu’ils ont donc un meilleur équilibre entre vie privée et vie de travail et qu’en même temps les performances de travail et les résultats sont remarquables. Non pas malgré toutes ces libertés, mais en raison de toutes ces libertés. Semler est convaincu que les êtres humains doivent pouvoir s’épanouir afin d’apporter le meilleur de leur potentiel. Notre monde du travail avec son stress, son harcèlement moral, ses ulcères d’estomac, épuisement total, dépressions, suicides est de la pure folie. Il est temps de créer un monde où le métier est à nouveau associé au talent et à la passion et non pas à l’esclavage et à l’exploitation.